Santé Primaire

Une politique de santé, si elle n'intègre pas la médecine traditionnelle, ne peut l'ignorer. L'intégration plus ou moins profonde des deux rationalités, traditionnelle et moderne, détermine l'itinéraire thérapeutique des malades et ses conséquences sur l'issue de leur maladie.

Certaines pratiques populaires sont bénéfiques et peuvent être utilement prises en compte par les programmes de santé moderne.
D'autres, au contraire, sont nocives. Le risque de tétanos néonatal dû à la section du cordon ombilical selon la technique traditionnelle africaine est bien connu, de même que la solution qui consiste à informer les matrones rurales des dangers qui sont associés à cette technique et à leur fournir une trousse instrumentale appropriée.

Citons encore le cas de certaines pratiques diététiques lors de maladies infectieuses comme la rougeole, ou de syndrome diarrhéique des enfants, qui peuvent entraîner des complications. L'étude systématique des traitements adoptés par diverses populations africaines dans un cadre pluridisciplinaire (anthropologie et médecine) contribuerait utilement aux programmes d'éducation sanitaire.
Au-delà des pratiques familiales, quel est le rôle de la médecine traditionnelle ? Elle fait partie d'une culture et ses représentants sont très intégrés au tissu social. Les guérisseurs sont les plus nombreux. Ils se réfèrent au culte des ancêtres et utilisent, pour leur thérapeutique, la pharmacopée traditionnelle. Les voyants se réfèrent, eux, au système islamique, bien qu'ils utilisent également des représentations et des thérapeutiques non islamiques. Enfin, les manipulateurs ou rebouteux complètent le monde de la médecine traditionnelle. Au Sénégal, par exemple, on compte en moyenne 1 guérisseur pour 250 habitants : lorsque la médecine moderne propose un infirmier pour 15 O00 habitants et un médecin pour 150 O00 habitants, on devine comment cette assistance traditionnelle constitue une composante essentielle du système de santé. Les moyens de la médecine traditionnelle sont-ils suffisamment puissants et efficaces pour affecter le niveau de la mortalité en Afrique ? Si elle peut souvent aider à mieux vivre, le niveau atteint démontre, autrefois comme aujourd'hui, son impuissance à lutter contre les principales causes de mortalité, et en particulier celles qui touchent les enfants.
(source: politique-africaine.org)